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Par Philippe VASSEUR
Jeudi 17 avril 2008
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Le poête qui disait « J'ai plié la langue française à mon vouloir-dire » vient de s’éteindre  l’age de 94 ans.

Aimé Césaire était issu d'une modeste famille de sept enfants. Il fonde avec Léopold Sédar Senghor en 1934 la revue L' Etudiant noir. C'est dans cette revue qu'Aimé Césaire emploie, pour la première fois, le mot qui, à lui seul, résumera son combat, tant littéraire que politique : la « négritude »...

A la veille de la Seconde Guerre mondiale, il publie le Cahier d'un retour au pays natal , texte fondateur à bien des égards, puis rentre en Martinique, pour y enseigner le français.

De la Libération à aujourd'hui il a mis ses idéaux en pratique en mélant pendant plus de 50 ans ses activités d'écrivain avec ses mandats de maire et de député.

Son oeuvre à la fois littéraire et politique prouve que le rêve peut être le moteur de la réalité. Et qu'on peut, en même temps, être fier de son identité, et prôner l'universalité.


Prophétie
d’Aimé Césaire

Là où l'aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois

là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux

là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d'une ruche
plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l'espace et lève
à rebours la face du temps
là où l'arc-en-ciel de ma parole est chargé d'unir demain
à l'espoir et l'infant à la reine,

d'avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d'avoir gémi dans le désert
d'avoir crié vers mes gardiens
d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes

je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave
de sa fragile queue de paon puis se déchirant
la chemise s'ouvre d'un coup la poitrine et
je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre
peu à peu dans la mer lucide de l'air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom.

Aimé Césaire 

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